Dire les Choses - Auguste Laurent et la méthode chimique

Créé le 1 janvier 1996

Marika BLONDEL-MEGRELIS, 1996

Dire les Choses - Auguste Laurent et la méthode chimique

Dire les Choses - Auguste Laurent et la méthode chimique

Sommaire :

 

Dire l'apparence : la minéralogie de Werner

Dire l'essence : la cristallographie de Haüy

Auguste Laurent et la théorie des combinaisons organiques

Méthode et Critique

Les éléments de la Méthode

La Méthode I. De la théorie à l'expérience

La Méthode II. De l'expérience à la théorie

La Méthode : un discours

Résumé :

Les Français devraient être intéressés à connaître et à faire connaître ce chimiste du 19ème siècle, à qui les laboratoires, les postes d'enseignement, les Annales de Chimie, furent longtemps fermés. Il n'est pas question de déterminer, à l'heure des fondations européennes, si la chimie est - a été - une science française, mais la méconnaissance de cet auteur, qui a usé sa vie à travailler sur les molécules à partir desquelles l'industrie ne tardera pas à construire de fabuleux empires, peut prêter à méditation.
Auguste Laurent était un fondateur, quelqu'un qui dérange et qui innove. Fondateur de la chimie théorique, il a construit le premier modèle pour décrire une réalité inaccessible et rendre compte des manifestations de la matière. Fondateur de la science organique, il lui a donné une identité, et l'a systématisée autour d'un concept suffisamment souple pour qu'il s'adapte à de nouvelles moissons.
Artisan clairvoyant d'une double révolution, il a débusqué la méthode chimique de ses aînés, l'a prise au mot et l'a parcourue jusqu'à ses termes extrêmes, dans les deux sens. La ruse employée - la classification, la formulation et la nomenclature - lui permit de manipuler l'inexpérimentable, de commencer à résoudre l'insoluble. Il a donné à la chimie une méthode pour qu'elle dise ce qu'elle ne pouvait pas connaître mais qu'il lui était impossible d'ignorer : l'arrangement des atomes au sein de la molécule.
Notre époque pourrait être propice à l'évaluation de cette quête, qui déborde largement du cadre strict de la discipline, à l'image de ses modèles et de ses intérêts, pourtant toujours ramenés à ses amours, la chimie organique. A l'heure où les physiciens, pour interpréter les multiples événements obtenus dans les gerbes de particules jaillissant de leurs formidables accélérateurs, sont contraints de faire des hypothèses sur l'existence de particules élémentaires qui ne peuvent être vues mais seulement repérées, Laurent ne fait pas figure de fossile et sa méthode peut encore nous enseigner, non parce qu'il aurait découvert la particule merveilleuse, mais parce que, contre les rêveurs et contre les réalistes, il la rendait hypothèse indispensable au chimiste.

  • Dates
    Paru le 1 janvier 1996
  • Références
    ISBN VRIN 2-7116-8300-1