6. Développement embryonnaire de diverses espèces

Publié le 27 juin 2016 Mis à jour le 27 juin 2016

Depuis de nombreuses années l'étude de l'ordre des amphibiens Gymnophiones (Céciliens) fait l'objet de travaux au laboratoire. Les Gymnophiones sont des espèces fouisseuses ou secondairement aquatiques, réparties sur la ceinture intertropicale.

 Ce sont des animaux difficiles à capturer et, en conséquence, les modalités de leur développement embryonnaire est encore peu connu, toujours de manière incomplète et ne concerne que quelques espèces.

 

Les premiers stades de développement ont été décrits chez des espèces ovipares, Ichthyophis glutinosus et Hypogeophis rostratus grâce aux travaux historiques de Sarasin et Sarasin (1887-1890) et de Brauer (1897). Plus récemment, la table de développement d'Ichthyophis glutinosus a été revue et complétée par à l'issue des travaux de Breckenridge et collaborateurs (1979 à 1987). En 1990, notre propre laboratoire publiait la table de développement de l'espèce vivipare Typhlonectes compressicauda dans le cadre d'une collaboration avec le Muséum d'Histoire Naturelle de Paris (Sammouri et al, 1990) et, en 2000, Dünker, Wake et Olson décrivaient le développement de l'ovipare Ichthyophis kohtaoensis.

 

Chez l'espèce ovipare Ichtyophis kohtaoensis, le développement se déroule dans l'oeuf protégé par la mère qui s'enroule autour de sa ponte. Le développement est de type télolécithe, c'est-à-dire que le vitellus est amassé à un pôle de la cellule et le développement affecte seulement le pôle animal (segmentation partielle). L'embryon se développe à partir de la vésicule vitelline, des branchies triradiées se développent et, après l'éclosion la larve aquatique subit une transformation progressive de plusieurs mois à l'issue de laquelle ils acquièrent leur forme définitive. Des résultats complémentaires comparables ont été obtenus chez Ichthyophis beddomei.

 

Chez l'espèce vivipare Typhlonectes compressicauda, le développement embryonnaire se déroule entièrement dans les oviductes transformés en utérus. La première partie du développement s'effectue à partir des réserves vitellines, des bourgeons recouvrant tout le corps, puis une structure ventrale d'échange éphémère, l'ectotrophoblaste, est certainement impliqués dans les échanges avec le fluide intra-utérin. Des injections de traceurs ont montré l'existence d'échanges entre les tissus maternels et les embryons. Après l'éclosion qui se déroule dans l'utérus, les embryons sont équipés d'une dentition fœtale qui persistera jusqu'à la naissance, leur permettant d'ingérer directement les sécrétions, puis les cellules épithéliales de la paroi utérine. Les embryons pratiquent également l'adelphophagie, les individus les plus évolués dévorant les embryons plus petits. A la fin du développement, les branchies transformées en deux gigantesques lames vésiculeuses enveloppent complètement l'embryon qui paraît enfermé dans un cocon et sont étroitement appliquées contre le tissu conjonctif utérin mis à nu par l'abrasion exercée des dents des embryons sur la paroi utérine, l'ensemble constituant ainsi une structure rappelant le placenta conjonctivo-chorial (ou méso-chorial) que l'on observe chez certains mammifères. Par ailleurs, une étude a pu mettre en évidence une protection immunitaire des embryons vis-à-vis de leur mère pendant la gestation. La position de la métamorphose a été précisée.

 

Depuis plusieurs années, le développement embryonnaire de plusieurs organes a été publié chez Typhlonectes compressicauda : peau, cerveau, branchies, tube digestif, organes hématopoïétiques, hypophyse, thyroïde, gonades et cellules germinales, reins (pronephroi et mesonephroi), poumons, glandes interrénales. Des ébauches (blastèmes) de membres qui régressent à la métamorphose ont également été découvertes chez Typhlonectes compressicauda.

 

Quelques travaux effectués en collaboration ont également porté sur le développement d'autres espèces (Ichthyophis beddomei notamment).

 

Quelques publications : 

 

  • ANJUBAULT, E., EXBRAYAT, J.-M., 2006.- Embryonic development of gonads and sexual maturity. In Exbrayat J;-M. (ed) Reproductive Biology and Phylogeny of Gymnophiona. Science Publishers Inc. 291-302.
  • BASTIT, M., EXBRAYAT, J.-M., 2011. Embryonic development of kidneys in viviparous Typhlonectes compressicauda (Amphibia, Gymnophiona); Basic and Applied Herpetology, 25: 33-42.
  • BRUN, C., EXBRAYAT, J.-M., 2006.- Description de l'œil au cours du développement embryonnaire de Typhlonectes compressicauda (Amphibien Gymnophione). Bull. Soc. Zool. Fr., 13 (4): 261-273.
  • EXBRAYAT, J.-M., 2006.- Modes of parity. In Exbrayat J;-M. (ed) Reproductive Biology and Phylogeny of Gymnophiona. Science Publishers Inc. 303-323.
  • EXBRAYAT, J.-M., 2006. Fertilization and development. In Exbrayat J;-M. (ed) Reproductive Biology and Phylogeny of Gymnophiona. Science Publishers Inc. 359-386.
  • EXBRAYAT, J.-M., HRAOUI-BLOQUET, S., 2006.- Viviparity in Typhlonectes compressicauda. In Exbrayat J;-M. (ed) Reproductive Biology and Phylogeny of Gymnophiona. Science Publishers Inc. 325-357.
  • RAQUET, M., EXBRAYAT, J.-M., 2007.- Embryonic development of the hypophysis and thyroid gland in Typhlonectes compressicauda (Dumeril and Bibron, 1841), Amphibia, Gymnophiona. J. Herp., 41 (4): 702-711.