2014 – M. RAQUET: Variations saisonnières et régulation hormonale des voies génitales femelles chez un amphibien ovipare et un amphibien vivipare.

Publié le 16 avril 2014 Mis à jour le 29 mars 2016

Michel Raquet, 2014

Résumé
Typhlonectes compressicauda et Boulengerula taitanus sont deux espèces de Gymnophiones, l'une vivant dans le bassin de l'Amazone en Guyane française et l'autre dans les terrains humides des monts Taita au Kenya. La première espèce est vivipare et soumise a un cycle reproductif biennal, la seconde est ovipare au cycle annuel mais avec un développement direct et donnant des soins maternels.

Par des techniques d'immunohistochimie, cette étude s'est focalisée sur les variations saisonnières des organes reproducteurs femelles au regard d'un part, de la prolifération cellulaire et de la mort cellulaire, et d'autre part, de la régulation hormonale des cycles ovarien et oviductal.

La présence et la localisation intracellulaires des hormones stéroïdes ovariennes aux cours du cycle, dans l'ovaire et les différentes parties des voies génitales, ont été mises en évidence. La détection des récepteurs et des œstrogènes, du récepteur de la progestérone apportent des éléments de compréhension à la régulation endocrine de l'ovaire et de l'oviducte. La régulation hypophysaire a été étudiée par le biais de la détection des récepteurs des gonadotrophines et de la prolactine.

Les résultats montrent que la stéroïdogenèse est active toute l'année mais ralentie en période de repos, qu'elle est contrôlée par les hormones sexuelles qui exercent un contrôle paracrine et autocrine sur les cellules folliculaires et aussi par l'hypophyse. L'oviducte apparait de son coté sous le contrôle des hormones ovariens et hypophysaires. Les rôles de l'œstrone et de la testostérone ont été particulièrement mis en relief en fonction des périodes du cycle et selon les tissus.

En lien sans doute avec la présence de corps jaunes et l'implantation des embryons dans l'utérus, l'espèce vivipare présente plusieurs spécificités : un respect plus strict du modèle des deux cellules pour la production de progestérone et d'œstradiol par la thèque et la granulosa par rapport à l'espèce ovipare, une présence accrue de la progestérone nucléaire et des récepteurs membranaires de la prolactine et de la LH. En période de reproduction, chez les Typhlonectes femelles dépourvues d'embryon, les ovaires et les oviductes sont contrôlés de manière différente de ceux des femelles prélevées en période de repos reproductif.

Cette étude a permis de préciser les variations saisonnières de la stéroïdogenèse ovarienne et du développement cyclique de l'oviducte. Elle a également permis d'apporter des éléments de compréhension de la régulation endocrine de l'ovaire et de l'oviducte. Cette comparaison permet aussi d'ouvrir des perspectives sur la connaissance de la viviparité dans l'histoire  de la vie et sur l'utilisation des Amphibiens Gymnophiones comme modèle pour la reproduction chez les Vertébrés.